Messages

Pareil comme au cinéma

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Une de mes activités préférées de l’été, c'est le ciné-parc. C'est peu dispendieux, comme c’est dehors, ça donne l’impression de profiter de l’été et, en plus, j’ai le contrôle absolu sur le son, ce qui me permet d’apprécier le film de manière optimale. Quand j’ai eu ma première voiture, j'y allais tout le temps, je voyais tous les nouveaux films. C’était aussi une époque où j’étais célibataire et où j’étais activement à la recherche de quelqu’un pour partager ma vie. Après plusieurs échanges avec une jeune femme d’à peu près mon âge sur la défunte plateforme MSN Messenger, nous nous sommes donné rendez-vous un soir au ciné-parc. Contrairement à certaines autres expériences de rencontre que j’avais eues auparavant, ici, tout était clair : il s'agissait officiellement d’un rencard. Nous nous connaissions déjà un peu en ligne, mais nous avons eu le temps de faire connaissance en personne avant le début du film. Le courant passait bien, pas de mauvaise surprise, les condit...

Je plaide coupable

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Il semble y avoir consensus chez les gens plus âgés. L'enfance semble, selon eux, être le moment le plus agréable de l’existence. Les arguments évoqués sont souvent l’absence de responsabilité ou encore le temps qui semble être une ressource infinie. Comme si la seule chose à faire était de vivre pleinement.  C’est assez étrange parce que ça ne correspond pas à ma perception actuelle de l’enfance. De la mienne, du moins. J’irais même jusqu’à dire que, jusqu’à présent, ça a probablement été pour moi la pire partie de ma vie. On me décrivait comme quelqu’un de tranquille, gêné, dans sa bulle. En réalité, les trois quarts du temps, j’étais surtout terrifié par les autres, j’essayais seulement de faire en sorte que ça ne paraisse pas trop.  Sans vouloir faire l'inventaire de mes malheurs, l’époque de mon primaire a été la pire. C’est celle où je me suis fait traiter de tous les mots qui ne valent pas la peine d’être écrits ici. C’est dans la classe de troisième année que mon ensei...

Ronde après ronde

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Je suis née au début des années quatre-vingt. L'âge d’or des films d’action où les scènes de bagarres et les explosions se succédaient. Sans doute les années les plus lucratives de Jean-Claude Van Damme, Chuck Norris et Sylvester Stallone. Dans ma télé, je voyais Rocky s’entraîner pour devenir plus fort, plus endurant. Il ne se plaignait pas. S’il n'était pas certain d’avoir ce qu’il faut pour battre son adversaire, il s’entraînait plus fort, tout simplement. C’est comme ça qu’il est devenu champion et qu’il a réussi à gagner le cœur d’Adrian au passage. Rien ne pouvait l'arrêter. Quand je ne me sentais pas bien dans mes vêtements, que j’avais les tympans qui font mal ou les yeux qui brûlent, je ne me plaignais pas, j'encaissais, ronde après ronde. Je me disais qu’à la longue, j’allais devenir plus fort, plus endurant et que, comme Rocky, j’allais finir par devenir assez fort pour vaincre mon adversaire. Ce que je n'avais pas encore compris, c’est que les sens, c’es...

La trahison des images

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Secondaire cinq. Je suis dans mon cours d’arts plastiques après le dîner. C’est une période libre. Je viens de m’entretenir avec une autre étudiante marginale sur le regard que les gens portent sur leur entourage. Sur le fait que trop souvent, le regard s'arrête à la surface des choses, rarement à ce qui est caché derrière. Inspiré par cette discussion entre amateurs de Doc Martens, je me mets donc au travail. Je dessine un cube sur une grande feuille. Puis, en dessous, j’y ajoute l'inscription : « Ceci n’est pas un cube. » Pourquoi ? Parce qu’effectivement, il ne s'agit pas d’un cube, mais de l'illustration d’un cube. L’année suivante, au Cégep, j’ouvre mon manuel d’histoire de l’art et je tombe sur une toile de René Magritte intitulée : La trahison des images . L’œuvre représente une pipe sous laquelle on peut lire l'inscription : « Ceci n’est pas une pipe». J’étais sous le choc, voire scandalisé. Mon premier réflexe a été de me dire que je m’étais fait voler mon ...

La lumière au bout du tunnel

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J’attendais l’autobus. Je devais avoir une dizaine d’années. Il m’était impossible de ne pas regarder ailleurs que par terre devant moi. Même ça c’était pénible, et par pénible, je veux dire douloureux. Mes yeux, déjà larmoyants, brûlaient. J’avais l’impression que quelqu’un tenait une flamme à proximité de mon visage, juste sous mes yeux. J’ai vite pris conscience du fait que je semblais être le seul dans cette situation. Les autres enfants parlaient entre eux et s’amusaient en attendant. Je ne comprenais pas comment ils faisaient pour ne pas avoir mal. Une fois assis dans l’autobus, ça s’est calmé un peu. Ce n’est que quelques années plus tard que j’ai pu faire le lien entre cet épisode et mon amour pour les lunettes de soleil. Je n’ai jamais été quelqu’un de très porté sur la mode ou les accessoires. Par contre, j’ai possédé une collection de lunettes qui aurait probablement fait rougir Elton John. C’est encore le cas aujourd’hui. J’ai des lunettes partout. À la maison, au travail, ...

C'est pas un cadeau

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C’est bientôt ma fête. Si je devais décrire ma relation avec mon anniversaire, je dirais simplement : c’est compliqué. C'est une relation qui a beaucoup évolué avec le temps. Quand j’étais jeune, j’avais hâte à ma fête. C’était cool parce que je pouvais choisir le repas, manger du gâteau et en plus, avoir des cadeaux. Les cadeaux, c’était sans doute le meilleur bout, quoi que ma mère fasse aussi d'excellents gâteaux.  Avec le temps, je me suis rendu compte que je ne comprenais plus vraiment pourquoi cette journée avait autant d'importance pour moi. Je me suis même demandé ce qu'on célébrait au juste? Le fait que le temps ait continué de passer? D'avoir survécu une année de plus?  Et les cadeaux… J'aime toujours en recevoir, mais avec les années, ils ont perdu une bonne partie de leur sens pour moi. Quand j'ai besoin de quelque chose, je l’achète tout simplement. Je dérive un peu, mais je crois que la véritable raison pour laquelle j’ai autant de réticence à ...

Le plus parfaitement possible

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J’aime faire les choses bien. Le plus parfaitement possible. Même si je sais très bien que la perfection n’existe pas. C’est d’ailleurs une des raisons pour laquelle je n’agis que très rarement sur un coup de tête. Avant de faire quelque chose, je réfléchis, je planifie, j'évalue, je calcule, j’analyse, je me documente. Je veux faire les choses de la bonne façon, dans les règles de l’art. Avec le temps, j'ai réalisé qu'une partie de ce besoin vient probablement du fait que je ne veux pas déplaire. Je ne veux pas donner l’impression que j’avais mal compris la demande, alors je compense en faisant plus que ce qu’il ne le faut réellement. Par conséquent, on me dit souvent que je suis attentionné, méticuleux, professionnel. C'est vrai, mais c’est aussi vrai que trop souvent, je prends tellement de temps pour préparer une tâche que ça devient contre-productif. Réfléchir vingt minutes à comment effectuer une tâche qui en prend cinq, ce n’est pas vraiment ce qu'on peut app...