La lumière au bout du tunnel


J’attendais l’autobus. Je devais avoir une dizaine d’années. Il m’était impossible de ne pas regarder ailleurs que par terre devant moi. Même ça c’était pénible, et par pénible, je veux dire douloureux. Mes yeux, déjà larmoyants, brûlaient. J’avais l’impression que quelqu’un tenait une flamme à proximité de mon visage, juste sous mes yeux.


J’ai vite pris conscience du fait que je semblais être le seul dans cette situation. Les autres enfants parlaient entre eux et s’amusaient en attendant. Je ne comprenais pas comment ils faisaient pour ne pas avoir mal. Une fois assis dans l’autobus, ça s’est calmé un peu.


Ce n’est que quelques années plus tard que j’ai pu faire le lien entre cet épisode et mon amour pour les lunettes de soleil. Je n’ai jamais été quelqu’un de très porté sur la mode ou les accessoires. Par contre, j’ai possédé une collection de lunettes qui aurait probablement fait rougir Elton John.


C’est encore le cas aujourd’hui. J’ai des lunettes partout. À la maison, au travail, dans ma voiture, dans la voiture de ma femme, dans celle de mes amis. Et si, parfois, par naïveté, je sors par un matin nuageux en me disant que je n'aurai pas besoin d’apporter mes lunettes aujourd’hui. Je finis généralement tôt ou tard dans un dépanneur ou une pharmacie à m'acheter une nouvelle paire dès que le ciel se découvre moindrement.


Ça m'arrive encore de vouloir me prouver que ce n’est pas si mal et que je suis capable d’en prendre. Quand je vais au centre d'achats, par exemple, je n’ai pas toujours envie de traîner mes lunettes à l'intérieur, alors, trop souvent, je marche du stationnement à l’entrée de l’édifice sans mes lunettes et ensuite… je me trouve un peu idiot de m’infliger ça. Comme si j’avais quelque chose à prouver.


Heureusement pour moi, c’est de plus en plus rare que je m’impose ce genre de défis ridicules. Comme quoi, avec le temps, j’ai fini par voir la lumière au bout du tunnel.


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