La trahison des images
Secondaire cinq. Je suis dans mon cours d’arts plastiques après le dîner. C’est une période libre. Je viens de m’entretenir avec une autre étudiante marginale sur le regard que les gens portent sur leur entourage. Sur le fait que trop souvent, le regard s'arrête à la surface des choses, rarement à ce qui est caché derrière.
Inspiré par cette discussion entre amateurs de Doc Martens, je me mets donc au travail. Je dessine un cube sur une grande feuille. Puis, en dessous, j’y ajoute l'inscription : « Ceci n’est pas un cube. » Pourquoi ? Parce qu’effectivement, il ne s'agit pas d’un cube, mais de l'illustration d’un cube.
L’année suivante, au Cégep, j’ouvre mon manuel d’histoire de l’art et je tombe sur une toile de René Magritte intitulée : La trahison des images. L’œuvre représente une pipe sous laquelle on peut lire l'inscription : « Ceci n’est pas une pipe». J’étais sous le choc, voire scandalisé. Mon premier réflexe a été de me dire que je m’étais fait voler mon idée. J’ai ensuite réalisé que la toile avait été peinte soixante-dix ans plus tôt, alors que je n’étais pas encore né…
Curieux d’en savoir plus au sujet de ce mystérieux peintre, je me suis rendu à la bibliothèque pour louer un livre sur l’œuvre de Magritte. Ce fut un coup de foudre instantané. Magritte est pour moi un artiste extrêmement éloquent, même lorsqu’il n’utilise aucun mot. Chacune de ses toiles nous rappelle que bien souvent, le détail le plus intéressant est celui qu’on ne peut voir.
J’ai l’impression que son intention n’était pas de tromper le regard, mais plutôt de nous apprendre à regarder différemment. Parce qu’entre ce que l’on voit et ce qui se cache derrière, il y a parfois tout un monde.

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