Je plaide coupable


Il semble y avoir consensus chez les gens plus âgés. L'enfance semble, selon eux, être le moment le plus agréable de l’existence. Les arguments évoqués sont souvent l’absence de responsabilité ou encore le temps qui semble être une ressource infinie. Comme si la seule chose à faire était de vivre pleinement. 

C’est assez étrange parce que ça ne correspond pas à ma perception actuelle de l’enfance. De la mienne, du moins. J’irais même jusqu’à dire que, jusqu’à présent, ça a probablement été pour moi la pire partie de ma vie.


On me décrivait comme quelqu’un de tranquille, gêné, dans sa bulle. En réalité, les trois quarts du temps, j’étais surtout terrifié par les autres, j’essayais seulement de faire en sorte que ça ne paraisse pas trop. 


Sans vouloir faire l'inventaire de mes malheurs, l’époque de mon primaire a été la pire. C’est celle où je me suis fait traiter de tous les mots qui ne valent pas la peine d’être écrits ici.


C’est dans la classe de troisième année que mon enseignante m’a bien fait comprendre que les gestes involontaires que je faisais avec mes mains et mes doigts étaient inacceptables. J’avais aussi souvent tendance à appuyer ou à tirer sur mes oreilles. On me disait que mes oreilles allaient décoller si je n’arrêtais pas. Ce qui est totalement faux, ça ne fonctionne tout simplement pas comme ça. Je le sais parce que, quelques années plus tard, il y a une autre partie de mon corps sur laquelle j’ai appuyé et tiré, pas mal plus que mes oreilles, et elle, n’est jamais décollée !


Quelques années après avoir terminé le primaire, je suis retourné sur les lieux une nuit d’été. Je me suis approché de l’édifice, à l’abri des regards, et, à la manière d’un chien qui s’approprie un territoire, je me suis soulagée sur l’institution académique de mon enfance. C’était pour moi une façon symbolique de rétablir l'équilibre après toutes ces années.


Est-ce que ça a réparé le passé ?

Non. 

Est-ce que je suis fier de ça ?

Non.

Est-ce que j’ai des regrets ?

Ça, c’est une question à laquelle je ne répondrai qu’en présence de mon avocat.


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